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La question des frais de scolarité a suscité beaucoup d’agitation au cours des derniers mois. Alors qu’au départ, on parlait principalement de frais de scolarité et de marchandisation de l’éducation, on a vu au fil des mois un élargissement du débat. La question ne concerne pas uniquement l’éducation, elle concerne également des ravages des politiques néolibérales des 30 dernières années qui nous ont mené-e-s au Québec que nous connaissons aujourd’hui. Un Québec où l’hydro-électricité provenant de nos rivières est trop chère pour que plusieurs en bénéficient, où une ‘’cotisation santé’’ de 200$ est demandée depuis 2012 et qui accentue la précarité de nombreuses personnes, principalement des femmes, où une hausse des frais de scolarité réduisant l’accessibilité aux études est imposée malgré les protestations et les manifestations regroupant plus de 200 000 personnes.
Alors que le débat va plus loin que la hausse des frais de scolarité à l’université, et se transforme en débat de société, on a vu une principale mesure être mise en place par le gouvernement Charest afin de faire taire tout le mouvement de contestation : la loi 12 (mieux connue sous le nom de projet de loi 78), surnommée loi spéciale ou loi matraque.
Ainsi, la loi spéciale vise à encadrer les manifestations en adoptant des mesures qui sont jugées répressives par la majorité de la population québécoise, dont le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne, ainsi que par l’ONU et Amnistie Internationale. La loi 12 a également suspendu les sessions des quelques 150 000 étudiants et étudiantes toujours en grève. Les sessions doivent reprendre dans la semaine du 13 août. La hausse des frais de scolarité : 1778$ sur 7 ans :
Lors du budget 2011 du gouvernement provincial, on annonçait une hausse des frais de scolarité de 1625$ sur 5 ans à partir de l'automne 2012. La hausse avait pour but pour répondre aux demandes de la CRÉPUQ, qui affirme que les universités québécoises sont sous-financées et que cela affecte la qualité de l'éducation. Alors que le mouvement étudiant nie les affirmations de la CRÉPUQ et réplique que la hausse des frais de scolarité est une politique néolibérale qui favorise la marchandisation de l'éducation, le gouvernement, lors d'une offre visant à mettre fin à la grève, annonce que la hausse se fera sur 7 ans au lieu de 5 et sera de 1778$, il déclare également que le coût des études supérieure n'affecte pas la fréquentation universitaire.
Il a déjà été démontré à plusieurs reprises que plus les coûts pour étudier sont élevés, moins il y a d’étudiants et d’étudiantes sur les bancs de classe. Une hausse des frais de scolarité entrainera nécessairement une baisse de la fréquentation scolaire. Et cela, pour la simple et bonne raison que les jeunes n’ont pas les moyens financiers de payer un montant faramineux pour avoir accès à l’éducation. La facture totale pour étudier était en 2011 de 3 560$. En ajoutant à la facture les coûts des besoins fondamentaux de logement et de nourriture d’une année, on atteint une somme de 12 660$. Le revenu moyen étudiant est de 13 300$. Selon ce calcul, il reste à l’étudiant ou l’étudiante une somme de 640$ afin de payer les dépenses reliées au transport, aux vêtements, aux loisirs et autre pour toute une année. La condition financière étudiante étant très précaire, il est donc faux de croire que de hausser les frais de scolarité ne nuit pas à l’accessibilité aux études supérieures. De plus, à ce calcul nous devons ajouter les 1778$ de hausse, ce qui oblige les étudiants et étudiantes à devoir s’endetter auprès des banques, de l’Aide Financière aux Études (AFE) et/ou d’autres sources. En sortant de l’université avec plusieurs milliers de dollars de dettes (environ 14 000$ en moyenne), plusieurs projets de vie sont repoussés à plus tard, comme les voyages, avoir une famille, démarrer une entreprise… L’endettement étudiant décourage de nombreuses personnes ayant le potentiel pour étudier d’entreprendre des études supérieures, on parle d’au minimum 7 000 personnes n’iront pas à l’université avec une hausse des frais de scolarité. Alors, qui devrait financer le système d’éducation si ce n’est pas ses utilisateurs ? Nous croyons qu’avec le revenu que les diplômés gagneront en entrant sur le marché du travail, il leur sera possible de rembourser l’argent que l’État aura investi pour leur éducation. Et il existe déjà une mesure permettant aux gens qui gagnent davantage d’argent de contribuer plus aux coffres de l’État : le système imposition sur le revenu. Avec ce système, il est assuré que les étudiants et étudiantes paieront leur ‘’dette’’ à la population. Un ou une diplômé-e rapporte 5 fois à l’État ce que ce dernier a défrayé pour son éducation. Donc, avec la formation de nouveaux diplômé-e-s, ce sont les contribuables qui gagnent! Effectivement, les jeunes qui ressortent avec des diplômes sont les nouveaux et nouvelles médecins, infirmières, enseignants, avocates et toute la panoplie de métiers que la société québécoise a besoin. Avec moins de diplômé-e-s, c’est dans toutes les professions nécessaires au bon fonctionnement de la société que nous perdrons des employés. La hausse des frais de scolarité prévue par le gouvernement Charest depuis 2010 s’inscrit dans une perspective de marchandisation du système d’éducation. Cette hausse relève d’un choix politique qui mènera à une privatisation des universités. Elles seront dorénavant de plus en plus financées par les entreprises privées qui profiteront des professeurs universitaires pour faire de la recherche appliquée au détriment de la qualité de l’enseignement. Également, les universités souffrent déjà d’un grand problème de malfinancement (salaires faramineux des recteurs, primes de départ, investissements immobiliers désastreux…). Augmenter leurs ressources financières ne règlerait rien au problème qui perdure déjà depuis de nombreuses années. De plus, les universités sont loin d’être sous-financées : c’est effectivement au Québec que les universités reçoivent le plus de financement par étudiant. On parle ici de 29 242$ par étudiant au Québec, comparativement à 28 735 $ dans le reste du Canada. Rappelons également que l’université a comme mission de départ la transmission du savoir et des connaissances ainsi que la recherche fondamentale (qui sert à faire avancer la science). En la privatisant comme c’est le cas notamment aux États-Unis et en Angleterre, on dérive l’université de sa mission originale et on transforme l’étudiant en un client qui achète un service dans le but d’augmenter la valeur marchande de son travail. En suivant cette logique, il est normal que les étudiant-e-s achètent leur éducation. Mais qu’en est-il de ceux qui n’ont pas l’argent mais qui ont le potentiel et la volonté d’entreprendre des études universitaires ?
La hausse des frais de scolarité est-elle inévitable?
Entre le prétendu sous-financement des universités et la notion de « juste part » rabâchée dans les médias, le gouvernement tente de nous persuader que la hausse des frais de scolarité est inévitable, et même souhaitable. Pourtant, il existe plusieurs solutions qui feraient en sorte que la hausse ne touche pas directement les étudiants et étudiantes déjà surendettés et vivant trop souvent dans une situation d’extrême pauvreté. Ce document d'information vous permettra d'en savoir davantage.
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